Fabrice Du Welz, réalisateur du court-métrage "Quand on est amoureux, c'est merveilleux" et des films "Calvaire" et "Vinyan" a accepté de se prêter au jeu de l'interview avec nous en ce Mercredi 14 Janvier 2009. Nous le remercions encore pour sa gentillesse et sa disponibilité.
Freek Films : Quand on voit vos films, on
ressent des influences diverses très fortes sur ceux-ci, le
survival en général et surtout « Chiens de Paille » de Peckinpah
pour « Calvaire » et « Ne vous retournez Pas » de Nicolas Roegg et
« les révoltés de l’an 2000 » de Narcisso Ibanez Serrador
pour « Vinyan ». Aussi, la question est : Comment écrivez-vous ?
Partez-vous de ces références pour construire une trame originale
ou au contraire, ces références vous viennent durant
l’écriture, consciemment ou inconsciemment ?
Fabrice Du Welz : Je suis un cinéaste cinéphile et
jusqu’ici je me considère comme un jeune peintre encore en
apprentissage. J’ai construit « Calvaire » en partant de «
Massacre à la troncçonneuse » et « Vinyan » en partant de « Les
Révoltés de l’an 2000 » et de « Ne Vous Retournez Pas ». A
travers ces modèles, je cherche à définir ma propre voix, mon
propre style et surtout à affirmer mon univers cinématographique.
C’était –de mon point de vu- le cas pour « Calvaire »,
un peu moins pour « Vinyan » ou je me suis permis beaucoup plus de
choses…
Dans ce processus d’écriture et de construction filmique, il
y a bien sûr des références conscientes, d’autres, par contre
sont complétement inconscientes. Disons que je cherche surtout à
choper un cadre strict de narration dans lequel je cherche à être
moi-même, de la manière la plus libre et décomplexé
possible…
FF : On trouve des points communs dans vos
films. En particulier, un thème qui semble vous être cher à savoir
l’incapacité des personnages à faire le deuil d’un être
aimé, ce qui provoque une quête désespérée afin de retrouver
celui-ci. Pouvez-vous nous parler de ces thèmes et en quoi il est
important pour vous de les retranscrire sur un écran ?
FDW : Le deuil impossible est un thème qui revient
inlassablement dans toutes les histoires que j’écris. Je ne
sais pas pourquoi. J’ai le projet de faire encore un film
autour de ce thème, de manière plus crue et plus frontale. Il
s’agirait de la conclusion d’une sorte de trilogie
autour du deuil impossible. Cette conclusion me permettrait de
conclure une époque. Ce projet est en gestation depuis plusieurs
mois, et vu son caractère extrême, je vais probablement
m’attaquer d'abord à un film de commande avant d’en
envisager la réalisation…
FF : En voyant vos films j'ai l'impression de
voir la phrase d'Argento "la forme c'est comme un coup de
poignard". On a l'impression de ressentir, à un moment donné, ce
besoin viscéral de tomber dans le fantastique (ou dans une
atmosphère fantastique), comme on tomberait à corps perdu dans une
toile. Cette chute dans le fantastique s'accompagne d'une
libération dans la mise en scène qui devient de plus en plus
audacieuse. Comment élaborez vous votre mise en scène (et votre
film dans sa globalité) en manipulant une telle sensibilité et un
tel rapport viscéral a la forme ? Y a t il un conflit, lors de la
préparation du film, entre cet aspect instinctif que l'on ressent,
et la préparation plus réfléchie, au niveau artistique, du film
?
FDW : « La forme c’est un coup de poignard
». C’est –à mes yeux- absolument vrai. En ce qui me
concerne, le cinéma est avant tout un art visuel et sonore.
Jusqu’ici mon principal objectif a été d’impacter le
spectateur, je cherche à fabriquer du cinéma « spectaculaire » et «
agressif ». Sans doute trop jusqu’ici, puisque mes films ne
rencontrent pas le public.
Avec « Calvaire » et « Vinyan », j’ai cherché à me libérer de
certains codes narratifs habituels et d’entraîner mes
personnages au cœur même de leurs fantasmes. Presque de
manière physique. Organique. Pour tout dire, mon bonheur
d’artisan du cinéma est de fabriquer et de représenter, de
manière sonore et visuelle les fantasmes de mes personnages et
d’y plonger violemment le spectateur.
Dans « Calvaire », il y a un plan-séquence en top-shot ou le
spectateur assiste au viol de Marc Stevens, ce plan est pour le
spectateur une invitation à plonger littéralement cette folie. Dans
« Vinyan », l’arrivée dans le temple est une invitation du
même genre. Je cherche principalement à faire ressentir, de manière
épidermique, le glissement dans la folie de mes personnages, quitte
à laisser –malheureusement- sur le côté toute une partie du
public. Mais pour être honnête, la plupart du temps, les choses
s’articulent de manière instinctive et j’ai juste
beaucoup de bonheur à travailler la matière « filmique ».
FF : Dans Vinyan, il y a un plan
ultra-spectaculaire, celui de la découverte du temple, la caméra
survole les acteurs puis le temple et rentre à l’intérieur.
Pouvez-vous nous expliquer comment avez-vous réalisé ce plan
?
FDW : Ce plan a été réalisé à l’aide câble,
à la manière de « Soy Cuba » de Mikhail Kalatosov.
Le réalisation de ce plan sera détaillé dans le making of du DVD
qui sort chez Wildside en Avril.
FF : Dernière question. Quel est votre état
d’esprit depuis la sortie de Vinyan, par rapport à la
réception de celui-ci, aussi bien par les spectateurs que par la
critique en général ? Et qu’attendre de Fabrice Du Welz
désormais ?
J’ai pris quelques coups. Mais je n’ai pas à rougir.
J’ai fait exactement le film que je rêvais de faire et
j’ai vécu une expérience initiatique absolument
extraordinaire.
Je me doutais que le film serait controversé, qu’il ne ferait
pas l’unanimité, sans doute pas à ce point-là. Peu importe, «
Vinyan » existe et il aura une longue vie.
Aujourd’hui, je cherche principalement à trouver le public,
tout en gardant ma ligne artistique, c’est mon seul
objectif.