coups de gueules

UGC et le cinéma d'horreur  (coups de gueules) posté le lundi 27 avril 2009 18:42

Bonjour à tous,

j'ai envoyé un mail au service Client d'UGC, étant abonné illimité chez eux. Je voulais savoir pourquoi cette semaine, je ne pouvais pas voir "Humains" ainsi que "La Dernière maison sur la gauche" dans leur réseau de salles sur Lyon, ville où il y a 4 UGC en tout et pourquoi les deux films en question n'étaient diffusés que dans une seule salle UGC sur toute la France (à Paris bien sûr). Je leur ai également demandé si je pourrais, la semaine prochaine voir "Meurtres à la Saint-Valentin 3D" et si possible en 3D.

Comme je pense que cela peut intéresser un grand nombre de personnes, je me permets de poster leur réponse ici (je sais pas si j'ai le droit, au pire, ils me le diront). Malgré le fait que je leur ai dit que j'habitais Lyon, ils me parlent de Strasbourg, mais en dehors de ça, pas d'erreur. Je vous laisse seuls juges, et espère un petit débat là-dessus :

 

"Cher Abonné,


Nous faisons suite à votre courriel et sommes navrés que la programmation de nos salles ne rencontre pas votre satisfaction.

Tout, d’abord, nous vous précisons que les contraintes de programmation sont extrêmement complexes à lever et donnent lieu à de longs débats entre producteurs, distributeurs et exploitants.

Pour HUMAINS, par exemple, il est proposé, lors de sa sortie le 22 Avril dernier, 115  copies de ce film sur tout le territoire français.

Ce nombre de copies est à partager entre tous les exploitants cinématographiques (UGC, EuroPalace, Kinepolis, CGR….),  nous ne pouvons donc à regret le diffuser dans tous nos cinémas.

Ensuite, nous vous précisons qu’UGC projette des films de genre de manière régulière. MORSE, le Grand Prix du Festival du Film Fantastique de Gérardmer 2009, dont seules 23 copies furent tirées par le distributeur sur le territoire français, était présent dans notre réseau comme pour tous les Grands prix octroyés par le passés (L'ORPHELINAT, NORWAY OF LIFE...).

MORSE sera d'ailleurs diffusé lors de la manifestation UGC fête l'Europe le 9 mai dans votre UGC CINE CITE STRASBOURG.

[REC] a été soutenu par le réseau UGC via son label "Decouverte UGC " l'année dernière et largement diffusé dans notre réseau de salles. Tout comme L'ORPHELINAT, très présent chez nous. D'autres films fantastiques ont largement trouvé la voie de nos cinémas, dans des genres aussi différents que :

REEKER
ISOLATION
SOLITAIRE
PROM NIGHT
TEETH
MIRRORS
CALVAIRE
VYNYAN
MARTYRS
...

et cette liste est loin d'être close.


Aussi, DIARY OF THE DEAD a bénéficié quelques semaines avant sa sortie dans nos salles d’une avant première publique en présence de George A Romero dans notre UGC CINE CITE Halles, premier cinéma de France en terme de fréquentation. Et DIARY OF THE DEAD a par la suite connu une exploitation dans notre UGC CINE CITE Strasbourg, tout comme DOROTHY, HARD CANDY….

Comme vous l’avez constaté, cette semaine, le remake du film de Wes Craven « LA DERNIERE MAISON SUR LA GAUCHE » dont 87 copies ont été tirées,  est diffusé dans notre UGC ORIENT EXPRESS, tandis que HUMAINS distribués sur 115 copies est diffusé dans notre UGC CINE CITE Halles.

A ce titre, il faut savoir que nous demeurons tributaires du nombre de copies mises à notre disposition par les distributeurs. Nous sommes en effet diffuseurs des films et non pas distributeurs. Libre à ces derniers de choisir dans quel réseau de salle ils souhaitent voir diffusés leurs films. A fortiori en province ou notre réseau de salles est beaucoup moins important.

Les films que vous souhaitez voir ne sont peut être pas tous projetés dans notre cinéma Strasbourgeois, et nous en sommes désolés.
Avec près de 15 films sortant chaque semaine, nous ne pouvons diffuser tous les films qui sortent, notre réseau de salles n'y suffirait pas. Nous sommes de ce fait tenus d'effectuer un choix et de respecter également le choix des distributeurs, tout comme de se conforter aux règles de diffusion régionales en vigueur.
En effet, nous ne possédons pas la possibilité matérielle de projeter les plus de 600 films qui sortent chaque année.
Mais nous tentons toutefois d'équilibrer les desideratas de chacun (comédies, drames, films d'art et essai, action, aventures, fantastique, documentaires, films pour jeune public...) en fonction des possibilités qui nous sont offertes.


Concernant la projection numérique en 3D, celle-ci n'est pas, pour l'instant, à l'ordre du jour chez UGC.

Il s'agit d'une technologie qui, en l'état actuel, n'apporte aucun "plus" au spectateur. Dans le meilleur des cas en effet, le numérique semblerait offrir une qualité seulement comparable à la projection argentique. De plus, cette technologie est encore loin d'être stabilisée et standardisée.

Or, UGC a toujours investi dans les améliorations techniques lorsqu'elles améliorent le service à nos clients, comme par exemple le son digital pour lequel nos salles ont été parmi les premières à s'équiper.

De même, nous investissons aujourd'hui dans le système de réservation par téléphone ou web UGC PROMPTO, notamment à travers le panier de réservation qui vous permet en une seule fois de réserver plusieurs places avec différents moyens de paiement, vous simplifiant ainsi le cinéma en étant sur de voir le film que vous voulez en évitant les files d'attentes aux caisses.

Nous vous remercions pour votre compréhension, et espérons vous accueillir prochainement dans nos salles.

Bien Cordialement,

Pierre Gasnot Vaquer

Service Clientèle UGC"

 

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Pétition pour le droit à la copie privée avec un magnétoscope en ligne  (coups de gueules) posté le lundi 24 novembre 2008 18:23

Pour ceux qui ne connaitraient pas Wizzgo, il s'agit tout simplement d'un magnétoscope en ligne qui proposait gratuitement de vous enregistrer les programmes télévisés sur les chaînes non payantes, au cas où vous les auriez ratés. Le programme, ainsi enregistré par Wizzgo à votre demande vous était ensuite envoyé gratuitement. Seulement, le problème est qu'il vient d'être condamné à ne plus enregistrer les chaînes M6, W9, France 2, France 3, France 4, France 5, TF1 et NT1. Pourtant, les magnétoscopes numériques que l'on achète dans le commerce ont le droit de le faire. C'est pourquoi, au nom du droit à la copie privé, Wizzgo lance une pétition que je vous invite tous à signer et à lire les arguments proposés par Wizzgo en suivant le lien suivant :

Pétition Wizzgo

De même, sachez que dès à présent, tous les futurs articles de ce blog auront droit à leur topic de discussion sur le forum de Rafik Djoumi.

Pour discutez de celui-ci, suivez donc le lien suivant :

Discutez de cet article sur le forum de Rafik Djoumi

Jonathan Placide

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ERRATUM et questionnement  (coups de gueules) posté le mercredi 19 novembre 2008 21:35

Tout d'abord, je tiens à m'excuser, puisque dans mon précédent article, je faisait mention de l'annulation de sortie du Blu-Ray du film The Mist de Frank Darabont que j'assimilai au fait qu'il fut peu distribué en salles...

Or, Lord-Of-Babylon me fit remarquer qu'il s'agissait plus d'un problème économique que d'autres choses et que cela n'avait rien à voir avec ce que j'insinuais. De plus, il semblerait que le Blu-Ray soit finalement prévu d'ici peu de temps. Par conséquent, je remercie Lord-Of-Babylon et je m'excuse auprès des lecteurs de ce blog de cette erreur de ma part.

Quant à mes questionnements, ils portent également sur mes deux derniers articles qui furent accueillis chaleureusement par certains, avec froideur par d'autres, voire même avec des insultes. Aussi, je tenais à signaler que je n'ai jamais dit que mon propos était nouveau et révolutionnaire. Il existe et est partagé par d'autres, c'est tout. Et même s'il existe depuis longtemps, je ne vois pas pourquoi il ne serait plus d'actualité. Ce qui m'embête, c'est que trop souvent, ce sont les défenseurs du cinéma de genre qui ne veulent pas que l'on défende ce cinéma auprès de ceux qui ne le défendent pas également. J'ai réfléchi à la question et je propose une chose, sous forme de question, c'est pourquoi j'espère obtenir certaines réponses : Pensez-vous que faire des pétitions puissent faire bouger les choses ?

Par exemple, "Tous les garçons aiment Mandy Lane" a vu sa sortie cinéma annulée. Si un tel évènement se produit à nouveau (ça ou des interdictions aux moins de 18 ans), je m'engage à créer moi-même une pétition dans le but de contrer cela, à moi-même la mettre sur ce blog, mais aussi sur tous les sites dédiés au cinéma de genre que JE connaisse (si vous en connaissez aussi, n'hésitez pas) et à moi-même l'envoyer aux distributeurs. Je m'engage à faire cela, bien sûr, si vous, qui aimez le cinéma de genre, pensez qu'il s'agit d'une bonne idée. Dans le cas contraire, je ne le ferais pas et continuerais à chercher des solutions. Bien sûr, si vous êtes d'accord avec ça, je compte sur vous également pour en faire de la pub (j'en ferais aussi, n'ayez crainte).

Jonathan Placide

 

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Pourquoi nous luttons ?  (coups de gueules) posté le samedi 15 novembre 2008 15:04

Suite à mon précédent texte intitulé « Contre qui nous luttons », j’ai reçu plusieurs commentaires et critiques auxquels je vais tâcher de répondre. Car ce qui revient le plus souvent est « Pourquoi lutter ? » et surtout le fait que ma méthode ne servirait certainement à rien. Aussi, je vais me baser, une fois n’est pas coutume, sur mon vécu et sur certains éléments de la société actuelle pour répondre.

« Ce qui m’embête le plus, c’est qu’au bout de deux ans, avec tout ce que je vous ai appris, vous aimez encore des films comme Le Seigneur des Anneaux ».

La phrase ci-dessus a été dite par un professeur d’analyse filmique à deux de ses élèves, à la fin de leur parcours d’étudiant. Si je lutte, c’est pour que ce genre de phrase ne sorte plus de la bouche d’un professeur. Ce qui est embêtant ici n’est pas la phrase en question mais bien le fait qu’elle soit prononcé par un professeur qui prend ses propres goûts pour vérité absolu et les impose à ses élèves plutôt que permettre à ses élèves d’analyser les films par eux-mêmes et d’affiner leurs goûts.

 

Interdiction aux moins de 18 ans pour « Saw 3 », idem pour « Quand l’embryon part braconner » (à noter que Zootrope, se sont battus pour la retirer), idem pour Martyrs (cette fois, ce sont les geeks qui se sont battus pour la retirer). « Tous les garçons aiment Mandy Lane » annoncé mais jamais sorti en salles, idem pour « Miracle à Santa Anna » de Spike Lee, sachant que ce n’est pas un film de genre mais que ce n’est pas la première fois qu’un de ses films subit un tel traîtement (remember « He Got Game » dont la sortie fut repoussée de deux ans en France ou encore la sortie honteuse de « She Hate Me » pourtant avec Jamel Debbouze et Monica Bellucci). The Mist, pourtant de Frank Darabont réalisateur reconnu, d’après Stephen King écrivain reconnu également, eu droit à une sortie salles médiocre et a vu sa sortie en Blu-Ray annulé sans aucune raison (alors que ses ventes dvd sont tout à faits honorables), idem pour la sortie de Frontière (s). Et là où le cinéma d’art et d’essai lutte pour être mieux distribué (je vous renvoie au discours de Gilles Porte lors de la cérémonie des César de 2005 où il rappelait que son film n’avait eu droit qu’à deux écrans de multiplexes).

C’est pour que cela change que nous luttons.

 

« Le cinéma art et essai, le seul qui découvre, interroge, provoque et subvertit (…) »

Cette citation est attribuée à Gilles Boulenger de Zootrope, dans Profession Film numéro 574 de Décembre 2007.

Pourquoi nous luttons ? Pour que l’on arrête de sortir ce genre d’ineptie, le cinéma art et essai n’est pas le seul à découvrir, interroger, provoquer ou subvertir, loin de là. Cet homme, pourtant cinéphile averti a dit ça, c’est dire comme l’idée se propage. Mais si cette phrase me paraît si importante, c’est surtout parce qu’elle montre que les défenseurs du cinéma d’art et d’essai estiment qu’il doit être reconnu comme un cinéma supérieur. Et c’est là que vient une nuance importante entre leurs démarches et la mienne. Je ne lutte pas pour que le cinéma de genre soit reconnu comme supérieur au cinéma d’art et d’essai mais pour qu’il soit reconnu au même titre que celui-ci comme faisant également parti du Cinéma.

 

Maintenant, s’il y a bien un point où tous les commentaires se rejoignent et que je partage aussi, c’est sur l’utilité de ces textes. Peut-être en ont-ils, peut-être en ont-ils pas ? Je ne pense pas pouvoir changer les autres à moi tout seul, mais j’espère y contribuer. Il me semble que nombreux sont ceux à être plus cultivés que moi, plus intelligent, ou plus apte à faire ce que je fais. Et tous contribuent à faire avancer les choses*. La meilleure manière serait bien évidemment de pouvoir amener l’ « élite auto-proclamée » à réfléchir sur la pensée unique, plutôt que de pondre des textes que seuls les geeks lisent et qui, finalement, reviennent à prêcher des convertis. Mais je me dis que si l’une de ses personnes, une seule, tombe sur un de mes textes, et que cela l’amène à réfléchir, alors je n’aurais pas fait cela pour rien et que j’aurais contribué, de manière très modeste certes, à faire en sorte que les choses s’améliorent.

Jonathan Placide

*La participation de Yannick Dahan à l’émission LE CERCLE était à la fois un beau symbole de cela et en même temps une preuve de manque de réflexion de ces gens qui croient détenir la vérité absolue. Je me souviens que Dahan les questionnait sur l’utilité et le sens d’un plan où une fille et un garçons marchent dans un champ en plan fixe pendant au moins 1 minute, plan qu’il jugeait inutile et vide de sens. L’un des critiques lui a répondu qu’il n’y avait pas forcément de sens mais que cela était fait pour que l’on puisse contempler la beauté de deux personnes marchant dans un champ. On ne peut faire plus explicite. Ce qui m’a d’ailleurs le plus impressionné dans le même genre fut un débat entre monsieur Rafik Djoumi et un journaliste de Studio, Djoumi réussissant par la force de ses arguments à faire en sorte que le journaliste en question retourne voir le film alors qu’il ne l’avait pas aimé, lui faisant comprendre à côté de quoi il était passé.

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Contre qui nous luttons : « Ces Gens-là »  (coups de gueules) posté le jeudi 06 novembre 2008 02:29

La pensée unique, la hiérarchisation de la culture et notre positionnement

Il existe des gens qui n’aiment pas le cinéma de genre ou le cinéma populaire tout comme il existe des gens qui n’aiment pas le cinéma tout court. Il existe même des gens qui n’aiment pas les frites, mais cela n’a rien à voir. Non, je veux parler ici de ces gens qui ne se contentent pas de ne pas aimer mais veulent que leur goût soient établis en tant que vérité universelle et absolue. Ces gens qui pensent qu’il y a une hiérarchie dans la culture et qui l’établissent en conséquence. Ces gens qui veulent que vous pensiez comme eux. C’est contre eux que nous luttons et tentons d’élever notre voix. Et si je les appelle « Ces gens-là », ce n’est pas seulement parce que j’ai envie de rendre hommage à la magnifique chanson de Jacques Brel, mais aussi parce qu’ils ne font pas partie d’une catégorie précise. Ils sont plutôt tels les extra-terrestres de « L’invasion des profanateurs » à savoir partout, et surtout là où on ne les attend pas.

Ces gens-là sont les apôtres de la pensée unique. Cela signifie que tout avis qui leur sera diamétralement opposé, voire dans certains cas extrêmes un tant soi peu nuancé sera rejeté avec force et vigueur, comme si une insulte leur aurait été proféré. Par bien des aspects, ils ressemblent à des intégristes religieux, d’ailleurs. Je ne pense pas vous apprendre quelque chose si je vous dit que l’on qualifie d’auteur ou d’artiste quelqu’un censé avoir une vision et nous la faire partager à travers son œuvre bien évidemment, ce qui est la moindre des choses. Mais chez ces gens-là, cela ne suffit pas. Il faut aussi et surtout que l’artiste ait exactement la même vision qu’eux. Politiquement, par exemple, un film qui se revendiquerait de droite ou alors serait républicain se ferait ainsi clairement descendre en flèche par ses gens-là. Car on ne peut pas penser différemment d’eux, ou alors le faire de manière trop subtile pour qu’ils le comprennent. Je ne cherche pas à dire par là que ces gens-là sont plus bêtes que la moyenne alors qu’ils se revendiquent comme l’exact opposé. Non, seulement qu’à force de demander à toutes les œuvres de se ressembler, ils en deviennent incapables d’analyser le reste. Mais nous y reviendrons juste après. Ce sont ces gens-là qui, déjà vous taxaient de fasciste si vous aimiez « L’inspecteur Harry » et qui continuent de le faire si vous appréciez l’univers de Frank Miller. Car, pour ces gens-là, vous n’avez pas le droit, tout simplement. Ce sont ces gens-là qui vous disent de ne pas aller voir les films de Florent Emilio-Siri car pour eux, il est habité par le démon américain. Ce sont ces gens-là qui pensent que le cinéma des frères Dardenne est insurpassable et que plus un film en est éloigné, plus il est mauvais (donc Die Hard…). La pensée unique, ce sont ces gens-là qui vous diront que le cinéma est comme ça, et pas autrement, qui éviteront tout débat à ce sujet, puisque de toute façon, VOUS AVEZ TORT, ILS ONT RAISON. Mais en dehors de ça, ils vous diront qu’ils sont de gauche, et surtout pour la liberté d’expression. Bah tiens.

Ce qu’il y a de contradictoire chez ces gens-là, c’est finalement le manque de réflexion qu’il y a par rapport au cinéma en lui-même. Car ces gens-là, à vouloir penser la même chose (soyons d’accord, il y a des nuances quand même, du genre « Les Cendres du temps est meilleur en Redux ou non ? ») en oublient forcément d’avoir leur propre conception du cinéma, et surtout de réfléchir par rapport à la culture qu’ils sont censés avoir. Je m’explique. Si un film aux idéologies contraires à leur pensée sort aujourd’hui, il s’en trouve directement conspué, au hasard n’importe quel Vigilante Movie, mais par contre ils vous diront tous qu’ils adorent tous les films d’Eisenstein. Un autre exemple ? Ils vous diront que l’on n’a pas le droit de faire des films se déroulant dans des contextes historiques où les faits ne le sont pas et où, en plus on se permet d’esthétiser l’image (expression qui n’a aucun sens, mais c’est eux qui le disent, pas moi). Mais par contre, ils adorent tous John Ford, Howard Hawks ou encore Stanley Kubrick. Ces gens-là changent d’opinion à peu près une fois tous les 50 ans. En ce moment, leur maître à penser est encore Jean-Luc Godard, et tout ce qui, pour eux, mais d’ici 2010 (on fêtera les 50 ans d’ « A Bout de Souffle »),  éventuellement, peut-être qu’une nouvelle pensée unique verra le jour chez ces gens-là.

Mais cette pensée unique ne pourrait se suffire à elle-même pour désigner ces gens-là. Non, pour mieux les comprendre, il faut savoir que cette pensée est associée à une hiérarchisation de la culture. Pour expliquer cela, je vais inventer un personnage que nous nommerons François. François aime le cinéma des frères Dardenne et tout ce qui s’en approche. C’est pourquoi sur une échelle de 0 à 10, il estime que tous les films tournés dans ce style qui n’est plus si unique, comprendre « social, caméra épaule, où toutes les règles cinématographiques sont transcendés/ignorées (rayez la mention inutile) », bref, tous les films de ce style ont, dans son esprit, une note comprise entre 8,5 et 10. 10 étant les Dardenne, que peut donc être le 0 ? Il s’agit, bien évidemment de la comédie américaine. Toute comédie américaine ne peut donc avoir de notes supérieure, à 5. Le film gore est mis dans la même catégorie. Pour qu’un film gore ou une comédie américaine voit sa note surélevée, il faut qu’elle s’approche du cinéma des Dardenne. Exemple. Une comédie américaine part de 0, lorsque ces gens-là entrent dans la salle. Stupeur, elle est filmée caméra épaule sans champ contre-champ ni rien, hop là, elle est à 2/10. Incroyable, elle a une portée sociale, 2 points de plus, nous sommes à 4/10. D’un seul coup, ces gens-là se rendent compte qu’il n’y a pas trop de gags visuels mais surtout des paroles, comme dans le bon cinéma français de chez nous, deux points de plus. Et voilà, comment de 0, la comédie est passée à 6/10.Bien évidemment, ça marche aussi dans l’autre sens. Un film social qui n’est pas tourné à l’épaule perd deux points, si en plus il y a une scène d’action, ou pire, du fantastique, il en perd encore deux, et si en plus, il n’est pas de gauche, ou même pire qu’il dit du bien de la religion, alors là, on ne peut plus rien pour lui… Sachant qu’il y a bien sûr des barèmes. Une comédie américaine, ne peut atteindre le 10 / 10 qu’au moment où elle ressemble le moins possible à une comédie (exemple : Woody Allen dont les films les plus encensés sont les moins drôles et dont les films les moins encensés sont les plus drôles) etc….Bref, la hiérarchisation de la culture, c’est ce qui fait que quand un Guillermo Del Toro sort « Le Labyrinthe de Pan », c’est forcément son meilleur film avec « L’échine du Diable » parce qu’il y a un contexte historique dedans (mais comme y a du fantastique, ce ne sont pas des chefs d’œuvres non plus) et que quand il fait Hellboy 2 ou même le futur Bilbo Le Hobbit (je suis devin aussi), c’est forcément moins bien.

Après, me direz-vous, ce ne sont que des goûts, et cela ne serait pas problématique si la défense même de ses goûts ne se faisaient pas de façon aussi étrange. Car la différence entre hiérarchiser la culture et exprimer ses goûts se fait dans l’argumentation. Exprimer ses goûts, c’est dire par exemple « Je n’aime pas Martyrs parce que c’est un film d’horreur » ou encore « Je n’aime pas Nid de Guêpes parce qu’il n’y a pas beaucoup de guêpes dedans ». Ce ne sont que des exemples bien sûr. Mais ces gens qui hiérarchisent la culture vous écriront 20 pages pour vous dire qu’ « Entre les murs » est un des plus grands chefs d’œuvre du cinéma alors qu’ils vous diront que Hellboy 2, c’est nul parce que c’est mal réalisé. Seulement, dans les 20 pages qui défendent « Entre Les Murs », vous ne trouverez strictement rien qui vous expliquera que c’est un chef d’œuvre de Cinéma, à savoir aucune analyse de la mise en scène à proprement parler. Même si ces gens-là tâcheront de vous le faire croire par des phrases du style « A ce moment-là, la caméra de Laurent Cantet filme le sourire du personnage, le fait que ses dents ne soient pas alignés laisse apparaître des trous entre celle-ci, ce qui signifie que la mise en scène veut nous rappeler qu’il y a actuellement un trou dans la Sécurité Sociale du pays, preuve qu’il s’agit d’un film engagée, donc sur la République ». J’exagère bien sûr, mais je cherche à montrer que par extrapolation, on peut tout faire dire à un film. Mais bien sûr, lorsqu’il s’agit de cinéma de genre, aussi réfléchi soit-il, ces gens-là ne trouvent rien à dire. Au moins, ils vous diront que « c’est divertissant », au pire que « les acteurs jouent mal, c’est mal écrit, mal filmé, mal interprêté », et ce, sans aucune argumentation derrière.

Vous l’aurez compris, c’est la pensée unique ainsi que la hiérarchisation de la culture qui rend dangereux ces gens-là. Mais en quoi suis-je différent ? En quoi l’équipe de Freek Films se croient-elle différente alors qu’elle aussi, elle défend une certaine idée du cinéma ?  Celle qu’elle croit juste. Et bien, nous pensons être différent pourtant, tout simplement parce que si nous défendons le cinéma de genre français, ce n’est pas parce que nous le trouvons meilleur qu’un autre cinéma, mais uniquement pour que ces gens-là arrêtent de nous regarder avec mépris. Nous estimons que tout film doit être regardé avec un œil neutre. Je ne suis moi-même pas un fan de comédie romantique, mais lorsque je vais en voir une, je ne me dis pas avant d’entrer dans la salle qu’elle va être mauvaise parce que c’est une comédie romantique. Non, je me fais mon opinion une fois le film terminé, et l’apprécie alors ou non. Admettons que je n’aime absolument pas un type de film, soit je ne vais tout simplement pas le voir (comme on dit dans le rap : « Si tu kiffes pas, t’écoutes pas et puis, c’est tout ») ou soit j’avoue après l’avoir vu que je n’aime pas ce type de film, mais je ne vais pas inventer un faux argument pour faire penser que mes goûts font office de vérité absolue. Par exemple, je n’ai pas adoré le dernier film de Paul Thomas Anderson parce que l’histoire ne me touchait pas particulièrement, je ne me suis pas pour autant permis de dire que le film était mal filmé, mal joué, mal interprété. Aimer ou ne pas aimer est une liberté que l’on a tous, mais empêcher les autres d’aimer ou non va à l’encontre de cela.  Soyons d’accord, nous n’avons rien contre les gens qui aiment tel ou tel film, seulement contre les gens qui nous imposent d’aimer tel ou tel film. A tel point que l’on se sent constamment rabaissé. Il suffit de voir les gens qui vont rire à « Bienvenue Chez les Ch’tis » ou autre comédie française sortir de la salle en disant que c’était vraiment bien, et ces mêmes gens aller voir une comédie américaine, rire autant, voire plus et sortir de la salle en disant que c’était vraiment con. Pourquoi ? Même à humour égal, la comédie américaine est vue de manière péjorative, et ce n’est même plus que chez ces gens-là, mais chez la plupart des gens. Preuve qu’à force d’imposer la pensée unique et la hiérarchisation de la culture, cela s’étend aux autres.  D'ailleurs, pour prouver qu'il n'y a pas de catégorie prédéfinie de ces gens-là, sachez que le fait que j'ai osé dire une fois que "Bienvenue chez Les Ch'tis" ne me faisait pas rire du tout m'a valu tout un tas de nom d'oiseaux (si seulement ce n'était que ça). Et surtout, ne croyez pas que je prétends savoir analyser un film mieux que les autres, seulement je pense que mon modeste savoir est mis à profit pour analyser chaque film de manière équitable et en essayant autant que possible d'éviter les à-prioris.

Je veux avoir le droit de penser ce que je veux sans être insulté, sans que l’on se moque de moi, sans être rabaissé. C’est pourquoi je défends le cinéma que j’aime, non pas face à ceux qui ne l’aiment pas, mais face à ceux qui veulent m’empêcher de l’aimer.

Jonathan Placide

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