JCVD (2008) de Mabrouk El Mechri  posté le dimanche 08 juin 2008 19:58

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Si JCVD n’est pas totalement ce que l’on pourrait appeler un film de genre (quoique…), il est tellement rare d’avoir des projets aussi geek et aussi couillu en France qu’il était difficile de faire l’impasse sur un tel film.

Le film de Mabrouk El Mechri s’inscrit donc avant tout comme un véritable hommage à Van Damme, l’acteur qui a réussi à devenir une star internationale en ne tournant quasiment que dans des nanars, l’homme qui a fait venir les plus grands cinéastes HK aux Etats-Unis avant d’être ridiculisé à la télévision par des animateurs à deux balles. Et la note d’intention est claire dès le départ par le biais s d’un très joli plan séquence d’action qui termine dans un studio de tournage dont l’acteur part blasé d’être pris pour un con par son réalisateur. Et le film jouera constamment sur ces deux tableaux, celui du film de genre (en l’occurrence, le film de braquages) et la réalité dans laquelle s’inscrit le personnage principal, à savoir Jean Claude Van Damme jusqu’à ce que ces deux mondes finissent par se rejoindre lors d’un très émouvant discours de l’homme face caméra. Ce retour sensible de l’acteur belge qui trouve ici certainement son meilleur rôle n’est d’ailleurs pas sans rappeler le retour de Sylvester Stallone avec Rocky Balboa, celui d’un homme brisé qui joue plus qu’un rôle, en dévoilant littéralement sa vie au public.

En terme de narration, JCVD applique le principe de multiplication des points de vues avec plus ou moins de bonheur, il faut le constater, car si certains choix s’avèrent judicieux, d’autres ne font que rendre le film légèrement répétitifs, il en est de même avec certains personnages tel que le jeune du début et le gangster dont le caractère de fanboy aurait pu ne servir qu’à un seul personnage. Reste qu’il faut avouer que ce choix est audacieux. De même, on peut se questionner sur l’intérêt d’une telle entreprise dans le temps, les références et l’histoire étant trop ancrés dans notre culture 1990-2000 pour pouvoir survivre aux années qui passent.

Etonnant de voir également à quel point la mise en scène est maitrisé et élégante, El Mechri n’hésitant pas à faire des séquences très peu découpées mais admirablement mises en valeurs par des mouvements de machineries complexes et une photographie crépusculaire réellement magnifique. Le seul défaut provenant alors de certains tics très « arts et essais » de vouloir à tout prix faire des plans originaux qui ne servent pas obligatoirement l’histoire et rendre l’appréciation de certaines scènes difficile pour pas grand choses (les plans en question ne cherchant pas à appuyer de symbolique particulière).

Tout ça pour dire que JCVD est un très agréable divertissement dans l’ensemble qu’il serait dommage de bouder et qui, on l’espère donnera un sérieux coup de pouce à la carrière d’un homme qui le mérite.

Jonathan Placide

 

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MR 73 (2008) d'Olivier Marchal  posté le lundi 17 mars 2008 11:11

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Marchal ,qui nous avait agréablement surpris avec son très bon 36 Quai des Orfèvres, revient dans une œuvre très noire, pas parfaite mais qui plonge le spectateur, si il le veut bien, dans une spirale effrayante , voir tétanisante.

On pourra reprocher au film d'en faire effectivement "trop" (puisque c'est ce qui semble être le principal reproche qu'on lui fait) avec le personnage de Auteuil, ou Marchal appuie en permanence le coté détruit puis autodestructeur du personnage, dans sa stylisation certes parfois deja vu et dans certains dialogue qui sonnent un peu faux. Mais MR73 mérite d'être applaudi pour plusieurs point et certainement pas taxer de "film réac" ou autres conneries de ce genre, ou alors cela revient a ne pas comprendre l'œuvre et les intentions du réalisateur.

Le film s'inspire d'une histoire vrai, qui a contrario de son précédant film, a été entièrement vécu par le cinéaste et est une seul et même histoire. Mais Marchal ne succombe pas a l'effet de réalisme, ce qui en a fait grincer plus d'un, regrettant de ne pas y voir un polar au realisme digne du néoréalisme italien ou de la nouvelle vague (malgré mon respect, voir mon admiration pour ces deux mouvements) et s'impose comme une tragédie romancée, stylisée et symbolique, ou Marchal tente en permanence de traduire ses sentiments par l'image. [SPOILER] En témoigne donc la magnifique scène de fin, ou un montage parallèle montrant d'un cote Justine accouchant et d'un autres Auteuil tuant un a un ses démons intérieur responsables de son calvaire, a savoir le flic pourri, le tueur en série et enfin sa femme immobilisé. Marchal parle ici d'une renaissance (Justine appelle son fils Louis) , comme si le film était l'ultime catharsis lui permettant de revivre normalement. [FIN DU SPOILER]Cette scène témoigne d'une sensibilité d'un réalisateur sincère, mettant tout son cœur et ses tripes dans cette œuvre crépusculaire mais refusant le cynisme.

Et c'est certainement ce fait d'y mettre ses tripes, qui donne toute sa force au film. Car malgré les reproches que l'on peut lui faire, le film fait ressentir au spectateur, de manière totalement viscérale, la noirceur de l'homme et la terreur qu'elle engendre (incarné par le personnage terrorisant du tueur), ainsi qu'une société perdu, ou toutes les personnes que l'on rencontre sont des personnages paumés, laissant leur vie couler comme si ils étaient condamnés a vivre leur supplice jusqu'à leur mort. Et c'est certainement ce qui donne de la force au personnage d'Auteuil, qui semble au premier abord l'incarnation absolu de cela, et qui va finalement être le seul (avec Justine) a combattre cette situation et a se sortir de cette malédiction, redonnant une pointe d'humanisme à un monde malsain et perdu.

Œuvre tétanisante dont on ressort troublé, voir en ayant la chair de poule, qui intime au spectateur une remise en question de sa condition. Film ténébreux, imparfait mais fascinant qui nous prend au tripe pour ne plus nous lâcher.

David Gendreau

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Mort un dimanche de pluie (1986) de Joël Santoni  posté le jeudi 06 mars 2008 18:09

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Tout d'abord, mes remerciements vont à Julien Maury et Alexandre Bustillo puisque c'est à travers leurs interviews qu'ils m'ont donné l'envie de découvrir ce film oublié de tous qu'est "Mort un dimanche de pluie" de Joel Santoni, et c'est donc au bout de presque dix mois de recherche que j'arrive enfin à visionner le film en question, quasi-introuvable s'il en est. Et croyez-moi, cela en valait la peine.
Car si le film semble de prime abord par son scénario de base chercher à lorgner vers les thrillers américain sur les drames familiaux tels qu'il en existe des centaines et qui fleurissaient sur les écrans de TV et de cinéma dans les années 80, c'est par son ambiance qu'il diffère largement de ceux-ci. Car le film de Santoni possède une ambiance tout bonnement malsaine, faite de non-dits entre les personnages que seuls des acteurs au sommet de leur art, comme c'est le cas ici, pouvaient retranscrire. Et c'est dans cette atmosphère lourde et oppressante que le mal arrive et semble nous sauter à la gorge tant Santoni n'y va pas avec le dos de la cuillère, osant des scènes tout bonnement inimaginables aujourd'hui, à cause des lois de censures sur les films, dont une que l'on n'ait pas prêts de revoir et que je ne dévoilerait pas pour tous ceux n'ayant pas vus le film. Mais ses scènes n'existeraient bien sûr pas sans le scénario qui, s'il cherche à reproduire certains codes à l'américaine, essaie également de retransmettre un message purement féministe selon lequel ce sont les hommes qui diabolisent les femmes. Ce qui est dit de façon très subtil, mais néanmoins clairement compréhensible, jusque dans une formidable image de fin.
Il est cependant dommage que le film se perde vers la fin, justement dans un slasher bas de gamme avec résurrection à la clé tant l'on tenait là une véritable perle du cinéma français, perle qui aurait pu être un chef d'oeuvre sans cela. Il est donc fort dommage que Joel Santoni n'ait pas continué dans cette voie par la suite (parce que "Une famille formidable", c'est pas tout à fait la même chose quand même).

Jonathan Placide

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Baby Blood (1990) d'Alain Robak  posté le jeudi 21 février 2008 15:13

Blog de jonathanplacide : Freek Films, Baby Blood (1990) d'Alain Robak

Lorsqu'en 1990, Alain Robak sort Baby Blood, il fait en quelque sorte office de précurseur, puisque bien avant l'avènement (?) des Bee Movie, Robak sort ce qui restera comme le premier film gore français. Néanmoins, force est de constater que cette tentative, au-delà fort honorable, est loin d'être une véritable réussite. Car si le film est naturellement décomplexé, que ce soit dans sa propension à enchainer le gore avec des scènes de sexe et de nudité avec une bonne humeur certaine, il est surtout ni plus ni moins qu'une véritable ode à l'humour télévisuel, ce qui a plus tendance à le faire ressembler à un sketch de Canal + qu'à un véritable film. Surtout que l'humour justement, ne vient pas du visuel du film, mais uniquement de ces dialogues. D'ailleurs, le film regorge de guests stars issus de la télévision tels qu'Alain Chabat ou encore Jean-Yves Lafesse. De plus, il est difficile de ne pas reprocher à Alain Robak une mise en scène peu inspirée, toute en plan large et contre-plongée, sans qu'il n'y est de véritable raison à cela.
Pourtant, le film emporte l'adhésion assez rapidement sur le fait que tout le monde semble s'y amuser à faire une telle production. D'autant que le sujet, ouvertement Gonzo d'un foetus monstre ordonnant à sa future génitrice de tuer pour qu'il naisse, fait directement référence au Monstre est vivant de Larry Cohen et à Hellraiser de Clive Barker, la dimension politique de l'un celle sado-masochiste de l'autre étant ici malheureusement occultés pour un humour plutôt beauf. Néanmoins, on ne peut que trouver dommage qu'Alain Robak n'ait pas continué sa carrière dans le genre, car cette tentative, aussi bancale puisse-t-elle être, n'en demeurait pas moins pleine d'espoir concernant la suite de la carrière du réalisateur.

Jonathan Placide 

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A l'intérieur (2007) d'Alexandre Bustillo et Julien Maury  posté le jeudi 21 février 2008 13:59

En réalisant ce film, nul doute qu'Alexandre Bustillo, suivant les traces de Christophe Gans et d'autres, réalise le fantasme de nombre de critiques de cinéma, ce qu'il résume lui-même en interview en disant "ils sont comme des mecs qui regardent du porno toute leur vie sans jamais baiser, et qui se disent que ce serait bien de baiser pour de vrai quand même". Et nul doute qu'une jalousie n'a pu que s'installer quand on voit que de tous les films français de genre, ce sont justement ceux réalisés par Gans ou Bustillo qui reçoivent les critiques les plus assassines (ce qui ne signifie pas que les autres films de genre soient réellement bien mieux lotis), comme par exemple ce "Mais que faisait à la Semaine de la critique ce navet à peine ignominieux ?" paru dans Positif pour voir l'ampleur des dégats.
Qu'en est-il exactement du film de Bustillo et Maury ? Et bien, pour ma part, je dirais qu'il s'agit d'une véritable réussite. Le film réussit avec un certain brio à ne jamais être dans la citation de ces références et à s'en démarquer habilement pour créer un vrai univers bien plus intéressant que ce que Bustillo et Maury veulent nous faire croire en considérant leur film comme un simple slasher alors qu'il semble se poser comme un mélange très habile de giallo à la Argento (Ténèbres en particulier) et de Survival, tout cela sur le ton du grand guignol. Mieux encore le film dérive sur la fin vers de la véritable poésie morbide avec brio comme on ne le voit que trop rarement au cinéma, nous rappelant ainsi les grandes heures de Lucio Fulci. Ce qui est d'ailleurs très étonnant, c'est que Bustillo et Maury, à l'instar de Fabrice Du Welz avant eux, ne tombent pas dans les pièges du premier film et réaliseraient presqu'un sans faute (le scénario est tout simplement brillant et ne comporte à la limite que deux scories minimes, à savoir la mort de la mère et le numéro 666 sur la maison limite lourdingue) s'ils avaient été entourés par une équipe technique qui croyait au projet, ce qui n'est assurément pas le cas. Car si la réalisation est parfaitement adaptée au sujet, évitant l'expérimentation et l'esbrouffe visuelle pour se révéler réellement viscérable, le film est plombé par une production design catastrophique, qui fait que l'on n'a beaucoup de mal à croire en la véracité du lieu d'habitation héroïne, que l'éclairage pourtant habile ne parvient pas à cacher. De même, la musique du film a du mal à convaincre, car trop envahissante, même si ces influences que l'on devine du côté des Goblin sont nobles, elle ne les égale pas et plombe certains moments du film, en particulier au début. Mais ces légers défauts n'enlèvent rien au charme de ce film superbement interprété par Dalle et Paradis, habités par leurs personnages, et surtout réellement original dans le paysage cinématographique actuel. Un film dont il faut se faire un devoir de l'acheter en dvd afin de soutenir le cinéma de genre français !
Jonathan Placide 
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