Suite à mon précédent texte intitulé « Contre qui nous luttons », j’ai reçu plusieurs commentaires et critiques auxquels je vais tâcher de répondre. Car ce qui revient le plus souvent est « Pourquoi lutter ? » et surtout le fait que ma méthode ne servirait certainement à rien. Aussi, je vais me baser, une fois n’est pas coutume, sur mon vécu et sur certains éléments de la société actuelle pour répondre.

« Ce qui m’embête le plus, c’est qu’au bout de deux ans, avec tout ce que je vous ai appris, vous aimez encore des films comme Le Seigneur des Anneaux ».
La phrase ci-dessus a été dite par un professeur d’analyse filmique à deux de ses élèves, à la fin de leur parcours d’étudiant. Si je lutte, c’est pour que ce genre de phrase ne sorte plus de la bouche d’un professeur. Ce qui est embêtant ici n’est pas la phrase en question mais bien le fait qu’elle soit prononcé par un professeur qui prend ses propres goûts pour vérité absolu et les impose à ses élèves plutôt que permettre à ses élèves d’analyser les films par eux-mêmes et d’affiner leurs goûts.
Interdiction aux
moins de 18 ans pour « Saw 3 », idem pour « Quand
l’embry
on part braconner » (à noter que
Zootrope, se sont battus pour la retirer), idem pour Martyrs (cette
fois, ce sont les geeks qui se sont battus pour la retirer).
« Tous les garçons aiment Mandy Lane » annoncé mais
jamais sorti en salles, idem pour « Miracle à Santa
Anna » de Spike Lee, sachant que ce n’est pas un film de
genre mais que ce n’est pas la première fois qu’un de
ses films subit un tel traîtement (remember « He Got
Game » dont la sortie fut repoussée de deux ans en France ou
encore la sortie honteuse de « She Hate Me » pourtant
avec Jamel Debbouze et Monica Bellucci). The Mist, pourtant de
Frank Darabont réalisateur reconnu, d’après Stephen King
écrivain reconnu également, eu droit à une sortie salles médiocre
et a vu sa sortie en Blu-Ray annulé sans aucune raison (alors que
ses ventes dvd sont tout à faits honorables), idem pour la sortie
de Frontière (s). Et là où le cinéma d’art et d’essai
lutte pour être mieux distribué (je vous renvoie au discours de
Gilles Porte lors de la cérémonie des César de 2005 où il rappelait
que son film n’avait eu droit qu’à deux écrans de
multiplexes).
C’est pour que cela change que nous luttons.
« Le cinéma art et essai, le seul qui découvre, interroge, provoque et subvertit (…) »
Cette citation est attribuée à Gilles Boulenger de Zootrope, dans Profession Film numéro 574 de Décembre 2007.
Pourquoi nous luttons ? Pour que l’on arrête de sortir ce genre d’ineptie, le cinéma art et essai n’est pas le seul à découvrir, interroger, provoquer ou subvertir, loin de là. Cet homme, pourtant cinéphile averti a dit ça, c’est dire comme l’idée se propage. Mais si cette phrase me paraît si importante, c’est surtout parce qu’elle montre que les défenseurs du cinéma d’art et d’essai estiment qu’il doit être reconnu comme un cinéma supérieur. Et c’est là que vient une nuance importante entre leurs démarches et la mienne. Je ne lutte pas pour que le cinéma de genre soit reconnu comme supérieur au cinéma d’art et d’essai mais pour qu’il soit reconnu au même titre que celui-ci comme faisant également parti du Cinéma.
Maintenant,
s’il y a bien un point où tous les commentaires se rejoignent
et que je partage aussi, c’est sur l
’utilité de ces textes. Peut-être en
ont-ils, peut-être en ont-ils pas ? Je ne pense pas pouvoir
changer les autres à moi tout seul, mais j’espère y
contribuer. Il me semble que nombreux sont ceux à être plus
cultivés que moi, plus intelligent, ou plus apte à faire ce que je
fais. Et tous contribuent à faire avancer les choses*. La meilleure
manière serait bien évidemment de pouvoir amener
l’ « élite auto-proclamée » à réfléchir sur la
pensée unique, plutôt que de pondre des textes que seuls les geeks
lisent et qui, finalement, reviennent à prêcher des convertis. Mais
je me dis que si l’une de ses personnes, une seule, tombe sur
un de mes textes, et que cela l’amène à réfléchir, alors je
n’aurais pas fait cela pour rien et que j’aurais
contribué, de manière très modeste certes, à faire en sorte que les
choses s’améliorent.
Jonathan Placide
*La participation de Yannick Dahan à l’émission LE CERCLE était à la fois un beau symbole de cela et en même temps une preuve de manque de réflexion de ces gens qui croient détenir la vérité absolue. Je me souviens que Dahan les questionnait sur l’utilité et le sens d’un plan où une fille et un garçons marchent dans un champ en plan fixe pendant au moins 1 minute, plan qu’il jugeait inutile et vide de sens. L’un des critiques lui a répondu qu’il n’y avait pas forcément de sens mais que cela était fait pour que l’on puisse contempler la beauté de deux personnes marchant dans un champ. On ne peut faire plus explicite. Ce qui m’a d’ailleurs le plus impressionné dans le même genre fut un débat entre monsieur Rafik Djoumi et un journaliste de Studio, Djoumi réussissant par la force de ses arguments à faire en sorte que le journaliste en question retourne voir le film alors qu’il ne l’avait pas aimé, lui faisant comprendre à côté de quoi il était passé.


Citation
dim 22 fév 2009 08:41