Jacques Mesrine, la légende du grand
banditisme français a droit enfin, non pas à son film mais à un
dyptique dont le premier volet s'intitule "L'instinct de mort" et
est réalisé par Jean-François Richet qui nous avait livré
précédement un remake inutile mais bien troussé d'"Assaut" de John
Carpenter.
Tout commence par un générique très étrange en split-screen où
chaque plan se veut volontairement décalé par rapport à l'autre, en
faux raccord. Cela déstabilise, mais on comprend que Richet veut
illustrer la phrase qu'il a écrite en pré-générique, à savoir que
le personnage de Mesrine a de multiples facettes, et que ceci n'est
qu'un point de vue sur lui, forcément non exhaustif. Cela pourrait
paraître inutile de prévenir ainsi le spectateur par deux fois sur
ce qu'il est en train de voir, mais malheureusement, il semble que
Richet ait pourtant bien raison, tant les avis de nombreux
spectateurs sortant d'une salle diffusant un biopic ont tendance à
critiquer son manque de réalisme par rapport à tel ou tel
détail.
Politiquement, on se rend de suite compte de l'engagement d'un
cinéaste qui ne s'en est jamais caché, Mesrine se fait tuer
lâchement par la police, ce que Richet filme de manière sobre, les
images se valant par elle-même.
Vient ensuite le passage sur la guerre d'Algérie, très engagé
également. En quelques secondes, Richet dit beaucoup et sur son
personnage principal, et sur ce qu'il pense de cette guerre.
A ce moment-là, il a déjà emporté mon adhésion qu'il aura tout le
film durant. Maitrisant sa mise en scène comme rarement dans sa
carrière, Richet s'adapte ainsi à chaque situation qu'il filme, ne
cherchant jamais à ce que son film soit ouvertement référentiel,
comme on pouvait pourtant le craindre tant le sujet pouvait tenter
n'importe quel réalisateur à se prendre pour Scorsese où De Palma.
De plus, on dénote une certaine affection pour l'art picturale
jusqu'alors absente de son cinéma. Je pense notamment au magnifique
plan détournant "Les époux Arnolfini" de Jan Van Eyck lors du
départ du couple de chez le miliardaire. Richet préfère réellement
transformer sa manière de filmer selon les situations, ce qui
marche d'ailleurs très bien et permet au film de surprendre
constamment. Ce qui est également le cas de son traîtement
scénaristique qui ne semble s'appuyer que sur une chose :
l'évolution de son personnage. Toute séquence qui ne le montre pas
évoluer est ainsi tout bonnement supprimée, empêchant ainsi le film
de sombrer dans la gratuité.
De même, Richet aime jouer avec les émotions de ses spectateurs et
ainsi chercher sans arrêt le décalage autour de l'héroisme et les
valeurs de Mesrine confrontés à la cruauté de ses actes.
Vincent Cassel, toujours impeccable, trouve, comme c'est souvent le
cas avec les biopic pour les acteurs, ici son rôle le plus complexe
et parvient à passer par toutes les palettes d'émotions nécessaires
pour camper le personnage tandis que Depardieu est réellement
magistral dans le rôle du parrain.
Beaucoup de qualités dans ce film donc, y compris musicales avec la
présence de Marco Beltrami à la musique. Thomas Langman semble
ainsi se racheter à la production. On regrettera peut-être que les
deux sorties de prisons, bien que jouissives, souffrent d'une
gestion de l'espace un brin approximative, mais pas non plus
catastrophique.
Jonathan
Placide

junko
lun 10 nov 2008 13:00