Mesrine, l'instinct de mort (2008) de Jean-François Richet  (critiques de films) posté le samedi 01 novembre 2008 10:07

cécile de france, gérard depardieu, jean-françois richet, l'instinct de mort, marco beltrami, mesrine, thomas langman, vincent cassel

Jacques Mesrine, la légende du grand banditisme français a droit enfin, non pas à son film mais à un dyptique dont le premier volet s'intitule "L'instinct de mort" et est réalisé par Jean-François Richet qui nous avait livré précédement un remake inutile mais bien troussé d'"Assaut" de John Carpenter.
Tout commence par un générique très étrange en split-screen où chaque plan se veut volontairement décalé par rapport à l'autre, en faux raccord. Cela déstabilise, mais on comprend que Richet veut illustrer la phrase qu'il a écrite en pré-générique, à savoir que le personnage de Mesrine a de multiples facettes, et que ceci n'est qu'un point de vue sur lui, forcément non exhaustif. Cela pourrait paraître inutile de prévenir ainsi le spectateur par deux fois sur ce qu'il est en train de voir, mais malheureusement, il semble que Richet ait pourtant bien raison, tant les avis de nombreux spectateurs sortant d'une salle diffusant un biopic ont tendance à critiquer son manque de réalisme par rapport à tel ou tel détail.
Politiquement, on se rend de suite compte de l'engagement d'un cinéaste qui ne s'en est jamais caché, Mesrine se fait tuer lâchement par la police, ce que Richet filme de manière sobre, les images se valant par elle-même.
Vient ensuite le passage sur la guerre d'Algérie, très engagé également. En quelques secondes, Richet dit beaucoup et sur son personnage principal, et sur ce qu'il pense de cette guerre.
A ce moment-là, il a déjà emporté mon adhésion qu'il aura tout le film durant. Maitrisant sa mise en scène comme rarement dans sa carrière, Richet s'adapte ainsi à chaque situation qu'il filme, ne cherchant jamais à ce que son film soit ouvertement référentiel, comme on pouvait pourtant le craindre tant le sujet pouvait tenter n'importe quel réalisateur à se prendre pour Scorsese où De Palma. De plus, on dénote une certaine affection pour l'art picturale jusqu'alors absente de son cinéma. Je pense notamment au magnifique plan détournant "Les époux Arnolfini" de Jan Van Eyck lors du départ du couple de chez le miliardaire. Richet préfère réellement transformer sa manière de filmer selon les situations, ce qui marche d'ailleurs très bien et permet au film de surprendre constamment. Ce qui est également le cas de son traîtement scénaristique qui ne semble s'appuyer que sur une chose : l'évolution de son personnage. Toute séquence qui ne le montre pas évoluer est ainsi tout bonnement supprimée, empêchant ainsi le film de sombrer dans la gratuité.
De même, Richet aime jouer avec les émotions de ses spectateurs et ainsi chercher sans arrêt le décalage autour de l'héroisme et les valeurs de Mesrine confrontés à la cruauté de ses actes.
Vincent Cassel, toujours impeccable, trouve, comme c'est souvent le cas avec les biopic pour les acteurs, ici son rôle le plus complexe et parvient à passer par toutes les palettes d'émotions nécessaires pour camper le personnage tandis que Depardieu est réellement magistral dans le rôle du parrain.
Beaucoup de qualités dans ce film donc, y compris musicales avec la présence de Marco Beltrami à la musique. Thomas Langman semble ainsi se racheter à la production. On regrettera peut-être que les deux sorties de prisons, bien que jouissives, souffrent d'une gestion de l'espace un brin approximative, mais pas non plus catastrophique.

Jonathan Placide

Partager

Déposez un commentaire !

(facultatif)

(facultatif)

error

Attention, les propos injurieux, racistes, etc. sont interdits sur ce site.
Si une personne porte plainte, nous utiliserons votre adresse internet (38.107.191.110) pour vous identifier.     

Tous les commentaires de l'article:
Mesrine, l'instinct de mort (2008) de Jean-François Richet

  • junko

    lun 10 nov 2008 13:00

    Etrange, je trouve vraiment que toutes les tentatives de mise en scène de richet tombent à plat...¨
    Pour l'évolution du personnage je ne suis pas d'accord, ce n'est pas les scènes qui font évoluer le personnage qui ont étées gardées, ce sont les scènes de sa vie qui correspondent au schéma classique sur lequel est calqué le scénar (jeune face à l'appel de la quête, mentor paternaliste, acceptation et dépassement puis climax)

    http://lesfilmsdemerde.blogspot.com/2008/10/linstinct-de-mort.html

  • sue mailto

    lun 03 nov 2008 18:39

    j'ai beaucoup aimé le fai qu'aucun partis pris n'est apparu j'ai été scotchée du début à la fin et surprise de voir un public de couples cinquantenaires dans la salle. il est vrai que ce fait divers fait partie des actus de notre génération - et vincent cassel est époustouflant