Le Samouraï (1967) de Jean-Pierre Melville  (critiques de films) posté le samedi 04 octobre 2008 20:42

alain delon, film de genre, français, jean-pierre melville, le samouraï, policier

Melville, cinéaste français qui commença merveilleusement sa carrière avec l’excellent Le Silence de la Mer, qui montrait déjà un homme pouvant travailler avec peu de dialogue et ou tout passait par l’image, était un type peu recommandable dans la vie, très égocentrique, mais qui fut un réalisateur important pour le cinéma, et aimé par la nouvelle vague ainsi que de cinéaste comme Scorsese, Tarantino ou Spielberg. Apres des emprunts au cinéma américain, c’est le cinéma Japonais qui fascine Melville, comme en témoigne le titre du film chroniqué ici, et le premier plan du film ou apparaît sur l’image un extrait du Bushido. Le film va donc être d’une épure total, mais ou chaque détail est soigné et nécessaire afin d'enrichir l’histoire, il n’y a rien de superflu, et le personnage de Alain Delon (immense) ressemblera a ces rônins perdus, seuls, froids faisant couler sang et larme sur leur route.

Avec un sens de la mise en scène totalement hypnotique qui use a bon escient des cadrages et du montage et ose des choses rarement vu et extrêmement bien choisis (on pense a la scène près des rails avec ce plan en vue subjective du train), tout le talent de Melville sera de faire un film froid mais très puissant, un polar réaliste tellement épuré qu’il en devient surréaliste voir mythologique. Le Samourai détourne très habilement certains codes du genre dans lequel il s’investit, comme en témoigne la scène ou François Perrier (impeccable) tente de savoir si le témoin qu’il a sous la main a bien vu Alain Delon (le tueur). Normalement, le fait que le témoin reconnaisse la personne soupçonné d’être le coupable est un danger pour le tueur, mais la le fait qu’il le reconnaisse consolide considérablement l’alibi du personnage principal. Ainsi, Jeff Costello (nom repris par Scorsese dans The Departed pour le personnage de Nicholson) s’apparente à un homme invincible, comme en témoigne le montage lorsqu’il tue des personnages, ou son pistolet apparaît presque comme par magie. C’est une ombre qui se faufile à travers les tunnels, qui se fond dans le décor et qui peut frapper a tout moment.
Cet aspect invincible et fantomatique, lui est possible grâce à sa dévotion pour son travail, il vit seul, et sa relation possible avec une personne devient en fait un outil pour son alibi qui l’empêche de s’établir dans une vie normal. Coincé dans un monde mort, désincarné, une cage qui le retient prisonnier, ce qui est magnifiquement traduit par la mise en scène et par la scène presque de quête identitaire ou Perrier décompose le personnage de Costello dans la masse pour voir si on peut la recomposer, le personnage va tenter de façon totalement suggestive d’en sortir. Pour se faire, le personnage de Delon obéit comme a un code (du Bushido) qui trace une sorte de quête existentielle, fait de solitude, et ou le but est de comprendre et de succomber a la mort elle même, belle et libératrice, incarné par la magnifique Cathy Rosier, qui fascine le personnage de Delon (on pense a Vertigo ou un homme suit également de près une femme très plastique et étrange incarnant la mort). D’ailleurs à la base Delon devait esquisser un sourire sur son visage une fois mort. L'attitude du personnage devient presque une vertue afin d'obtenir une libération.

Il faut véritablement saluer la performance de Delon, dont les yeux bleus et la démarche servent avec un talent inouïe le film, et ou sa seul présence et ses quelques phrases prononcés suffisent a envahirent l’écran. Il est intéressant d’ailleurs de noter que lorsque Melville lui présenta le scénario, Delon accepta car au bout de 10 mn de lecture car son personnage n’avait pas encore prononcé une phrase.

Coincé dans un piège qui le mène inéluctablement vers la mort, le personnage de Costello est typiquement Melvilien, le cinéaste insuffle vie et densité a un scénario qui n’aurait pus donner qu’un film banal, preuve de la toute puissance du montage et de l’élaboration esthétique d’un film, véritable langage du 7 ème art.

Fascinant, beau et terrifiant.

David Gendreau


Partager

Déposez un commentaire !

(facultatif)

(facultatif)

error

Attention, les propos injurieux, racistes, etc. sont interdits sur ce site.
Si une personne porte plainte, nous utiliserons votre adresse internet (38.107.191.113) pour vous identifier.     

Aucun commentaire pour l'article:
Le Samouraï (1967) de Jean-Pierre Melville