Melville, cinéaste français qui commença
merveilleusement sa carrière avec l’excellent Le Silence de
la Mer, qui montrait déjà un homme pouvant travailler avec peu de
dialogue et ou tout passait par l’image, était un type peu
recommandable dans la vie, très égocentrique, mais qui fut un
réalisateur important pour le cinéma, et aimé par la nouvelle vague
ainsi que de cinéaste comme Scorsese, Tarantino ou Spielberg. Apres
des emprunts au cinéma américain, c’est le cinéma Japonais
qui fascine Melville, comme en témoigne le titre du film chroniqué
ici, et le premier plan du film ou apparaît sur l’image un
extrait du Bushido. Le film va donc être d’une épure total,
mais ou chaque détail est soigné et nécessaire afin d'enrichir
l’histoire, il n’y a rien de superflu, et le personnage
de Alain Delon (immense) ressemblera a ces rônins perdus, seuls,
froids faisant couler sang et larme sur leur route.
Avec un sens de la mise en scène totalement hypnotique qui use a
bon escient des cadrages et du montage et ose des choses rarement
vu et extrêmement bien choisis (on pense a la scène près des rails
avec ce plan en vue subjective du train), tout le talent de
Melville sera de faire un film froid mais très puissant, un polar
réaliste tellement épuré qu’il en devient surréaliste voir
mythologique. Le Samourai détourne très habilement certains codes
du genre dans lequel il s’investit, comme en témoigne la
scène ou François Perrier (impeccable) tente de savoir si le témoin
qu’il a sous la main a bien vu Alain Delon (le tueur).
Normalement, le fait que le témoin reconnaisse la personne
soupçonné d’être le coupable est un danger pour le tueur,
mais la le fait qu’il le reconnaisse consolide
considérablement l’alibi du personnage principal. Ainsi, Jeff
Costello (nom repris par Scorsese dans The Departed pour le
personnage de Nicholson) s’apparente à un homme invincible,
comme en témoigne le montage lorsqu’il tue des personnages,
ou son pistolet apparaît presque comme par magie. C’est une
ombre qui se faufile à travers les tunnels, qui se fond dans le
décor et qui peut frapper a tout moment.
Cet aspect invincible et fantomatique, lui est possible grâce à sa
dévotion pour son travail, il vit seul, et sa relation possible
avec une personne devient en fait un outil pour son alibi qui
l’empêche de s’établir dans une vie normal. Coincé dans
un monde mort, désincarné, une cage qui le retient prisonnier, ce
qui est magnifiquement traduit par la mise en scène et par la scène
presque de quête identitaire ou Perrier décompose le personnage de
Costello dans la masse pour voir si on peut la recomposer, le
personnage va tenter de façon totalement suggestive d’en
sortir. Pour se faire, le personnage de Delon obéit comme a un code
(du Bushido) qui trace une sorte de quête existentielle, fait de
solitude, et ou le but est de comprendre et de succomber a la mort
elle même, belle et libératrice, incarné par la magnifique Cathy
Rosier, qui fascine le personnage de Delon (on pense a Vertigo ou
un homme suit également de près une femme très plastique et étrange
incarnant la mort). D’ailleurs à la base Delon devait
esquisser un sourire sur son visage une fois mort. L'attitude du
personnage devient presque une vertue afin d'obtenir une
libération.
Il faut véritablement saluer la performance de Delon, dont les yeux
bleus et la démarche servent avec un talent inouïe le film, et ou
sa seul présence et ses quelques phrases prononcés suffisent a
envahirent l’écran. Il est intéressant d’ailleurs de
noter que lorsque Melville lui présenta le scénario, Delon accepta
car au bout de 10 mn de lecture car son personnage n’avait
pas encore prononcé une phrase.
Coincé dans un piège qui le mène inéluctablement vers la mort, le
personnage de Costello est typiquement Melvilien, le cinéaste
insuffle vie et densité a un scénario qui n’aurait pus donner
qu’un film banal, preuve de la toute puissance du montage et
de l’élaboration esthétique d’un film, véritable
langage du 7 ème art.
Fascinant, beau et terrifiant.
David Gendreau
