Marchal ,qui nous avait
agréablement surpris avec son très bon 36 Quai des Orfèvres, revient dans une
œuvre très noire, pas parfaite mais qui plonge le
spectateur, si il le veut bien, dans une spirale effrayante , voir
tétanisante.
On pourra reprocher au film d'en faire effectivement "trop"
(puisque c'est ce qui semble être le principal reproche qu'on
lui fait) avec le personnage de Auteuil, ou Marchal appuie en
permanence le coté détruit puis autodestructeur du
personnage, dans sa stylisation certes parfois deja vu et dans
certains dialogue qui sonnent un peu faux. Mais MR73 mérite
d'être applaudi pour plusieurs point et certainement pas
taxer de "film réac" ou autres conneries de ce genre, ou
alors cela revient a ne pas comprendre l'œuvre et les
intentions du réalisateur.
Le film s'inspire d'une histoire vrai, qui a contrario de son
précédant film, a été
entièrement vécu par le cinéaste et est une
seul et même histoire. Mais Marchal ne succombe pas a l'effet
de réalisme, ce qui en a fait grincer plus d'un, regrettant
de ne pas y voir un polar au realisme digne du
néoréalisme italien ou de la nouvelle vague
(malgré mon respect, voir mon admiration pour ces deux
mouvements) et s'impose comme une tragédie romancée,
stylisée et symbolique, ou Marchal tente en permanence de
traduire ses sentiments par l'image. [SPOILER] En témoigne
donc la magnifique scène de fin, ou un montage
parallèle montrant d'un cote Justine accouchant et d'un
autres Auteuil tuant un a un ses démons intérieur
responsables de son calvaire, a savoir le flic pourri, le tueur en
série et enfin sa femme immobilisé. Marchal parle ici
d'une renaissance (Justine appelle son fils Louis) , comme si le
film était l'ultime catharsis lui permettant de revivre
normalement. [FIN DU SPOILER]Cette scène témoigne
d'une sensibilité d'un réalisateur sincère,
mettant tout son cœur et ses tripes dans cette œuvre
crépusculaire mais refusant le cynisme.
Et c'est certainement ce fait d'y mettre ses tripes, qui donne
toute sa force au film. Car malgré les reproches que l'on
peut lui faire, le film fait ressentir au spectateur, de
manière totalement viscérale, la noirceur de l'homme
et la terreur qu'elle engendre (incarné par le personnage
terrorisant du tueur), ainsi qu'une société perdu, ou
toutes les personnes que l'on rencontre sont des personnages
paumés, laissant leur vie couler comme si ils étaient
condamnés a vivre leur supplice jusqu'à leur mort. Et
c'est certainement ce qui donne de la force au personnage
d'Auteuil, qui semble au premier abord l'incarnation absolu de
cela, et qui va finalement être le seul (avec Justine) a
combattre cette situation et a se sortir de cette
malédiction, redonnant une pointe d'humanisme à un
monde malsain et perdu.
Œuvre tétanisante dont on ressort troublé, voir
en ayant la chair de poule, qui intime au spectateur une remise en
question de sa condition. Film ténébreux, imparfait
mais fascinant qui nous prend au tripe pour ne plus nous
lâcher.
David Gendreau




